Daniele Finzi Pasca, ses romans et ses journaux intimes

Retour aux actualités

Le créateur du spectacle de la Fête des Vignerons 2019 est aussi un écrivain amoureux des mots dont le premier livre en français, Blanc sur Blanc, paraîtra en février aux Editions d’En Bas.

Il écrit. Tout le temps, depuis toujours. Il «remplit des pages», comme il dit d’un sourire sibyllin. Mais il n’est «pas» écrivain, non. Il aime trop pouvoir tout changer jusqu’au bout, comme au théâtre, cette mobilité du texte dit sur scène que viennent figer la mise en page et l’impression. «Mes œuvres sont mes spectacles. Mais passer par l’écriture me permet de fixer mes idées.» Parfois, il se force à écrire de la main gauche. «Je me rends compte qu’il me vient alors des associations d’idées différentes. Cela permet de cristalliser mon regard, ou de prendre un autre chemin.»

Il a toujours un carnet sur lui

Mais pas n’importe quel carnet : papier artisanal épais, reliure cousue, couverture cartonnée ou toute de cuir vêtue. Il y note idées, pensées et projets, esquisse des dessins à la gouache ou à l’encre de chine. Il le laisse chez lui lorsqu’il arrive à la moitié d’un carnet, de peur de le perdre. Le soir de la première de sa pièce de théâtre Donka au théâtre de Vevey, le 2 octobre dernier, il écrit: «Les vignerons mes amis peuvent sentir l’ambiance.» Le matin même, note-t-il encore, il a «découvert» le «bleu cobalt». Et «acheté un nouveau stylo». Au-dessus des phrases, un carré bleu cobalt, vibrant.

Il a écrit une dizaine de spectacles

A force de remplir des pages, Daniele Finzi Pasca a écrit une dizaine de spectacles qui ont été traduit en six langues, dont l’inoubliable et désormais classique Icaro, toujours en tournée depuis 1991. Il a aussi écrit des livres entiers dans son italien maternel, dont plusieurs ont été traduits en espagnol, portugais ou même russe: un recueil de nouvelles, Come acqua allo specchio (Casagrande), issu d’une résidence d’auteur à Porrentruy dans le cadre du 700eanniversaire de la Confédération, un livre-interview, Daniele Finzi Pasca. Teatro della Carezza(avec le philosophe Facundo Ponce de León), véritable manifeste du Théâtre de la caresse et de sa vision de la vie et du théâtre, ainsi que deux romans: Nuda, l’histoire de deux soeurs jumelles, paru en 2014 au Tessin, en cours de publication en allemand chez Antium Verlag à Schwyz et enfin Blanc sur Blanc, que les Editions d’En Bas à Lausanne s’apprêtent à publier en français courant février.

  • Daniele Finzi Pasca, Blanc sur blanc, éditions d’en bas, traduit de l’italien par Christian Viredaz, février 2019, 136 p. ISBN 978-2-8290-0593-0

Blanc sur Blanc

Blanc sur Blanc est né dans une taverne au Mexique, où Finzi Pasca a vécu une dizaine d’années dans les années 1990. «A peine entré dans ce café, on me demande : «Comment es-tu arrivé?» Je réponds : en bus. On me rétorque : «Tu as pris le bus 64? Parce que ce bus n’existe pas. Mais nous avons souvent des gens qui arrivent avec ce bus.» Ces propos étaient à la fois étranges et familiers à mes oreilles. Dans ma famille de photographes, nous avions un oncle qui n’existait pas. Il apparaissait parfois sur les photos de famille. C’est ainsi. Ça en dit long sur les mondes parallèles. Il y a ainsi à Lugano une voiture de La Poste qui va dans les villages des montagnes et qui parfois disparaît, puis revient. Je suis imprégné de réalisme magique, cher à ma famille, cher à la création latino-américaine.»

Une ode à la force de l’imaginaire

Ainsi, dans la première partie de Blanc sur Blanc, un homme nommé Ruggero a pour tâche de faire ressortir les gens entrés dans des mondes parallèles. Il y rencontre une femme, Elena, dont il tombe amoureux avant qu’elle ne tombe malade, le poussant à trouver une manière de vaincre la maladie. «J’avais sans le savoir, hélas, certaines prémonitions au sujet de Julie…» Blanc sur Blanc, ode à la force de l’imaginaire qui permet de dépasser malheurs et peurs, est aussi inspiré de son quartier d’enfance à Lugano, et de deux enfants qu’il a connus. «Mon héros Ruggero est inspiré d’eux. Ils vivaient dans un cadre de grandes violences familiales. Le plus jeune des deux était mon élève en cours de gymnastique. Je suis persuadé que certaines rencontres peuvent aider sur le chemin de la résilience. J’espère que j’ai pu y contribuer. Ce roman raconte mon quartier d’enfance. Ou mon quartier imaginaire, celui que j’ai recréé dans mon esprit, ce petit bout de pays qui est le mien, entre réel et recréation.»

Un récit-conte plus qu’un roman

Porté à la scène en 2014 par la Compagnia Finzi Pasca, Blanc sur Blanc est un «récit-conte» plus qu’un roman, comme l’écrit Claudia Lafranchi, qui a édité plusieurs de ses textes, et collabore désormais à la communication de la compagnie. «Son écriture est un peu son théâtre en forme de paroles, explique-t-elle: à la fois léger et profond, amusant et touchant. Son langage est «finzipasquien», «finzipaschese», comme j’aime à dire. Il n’hésite pas à inventer des mots et fait de fréquentes références à sa propre famille. Ce n’est pas pour rien qu’il a lu avec intérêt Les mots de la tribu de Natalia Ginzburg. Il est inclassable, unique. A la fois poétique, tendre mais jamais naïf, sage et philosophe mais aussi amusant voire divertissant. Sans que rien ne soit laissé au hasard.»

Titre manifeste

Il suffit d’un titre de livre, parfois, pour résumer un homme, son travail et sa vision du monde. C’est le cas de Blanc sur Blanc. «On écrit noir sur blanc. Peindre, écrire, permet de cristalliser les récits, les pensées, explique Daniele Finzi Pasca. Mais l’effort de se remémorer ne laisse pas de traces, raconter une histoire par oral ne laisse pas de trace, c’est blanc sur blanc. Tout comme tracer des signes sur une plage de sable ou faire un geste sur une scène lorsqu’on est comédien: cela ne laisse pas de trace. C’est blanc sur blanc. La transparence et l’éphémère sont les conditions de ma vie: je suis un homme de théâtre. Nous autres danseurs, acteurs, musiciens avons un avantage sur les écrivains, les peintres: nous ne sommes pas préoccupés de durer. Nous sommes dans une réflexion spirituelle directe, pure. Blanc sur Blanc est une manière de dire aux lecteurs et aux spectateurs que je souhaite qu’ils se remémorent leur vie, la rendant ainsi héroïque. Se souvenir, c’est devenir le héros d’une épopée. De son épopée.»

 

Daniele Finzi Pasca, Blanc sur blanc, éditions d’en bas, traduit de l’italien par Christian Viredaz, février 2019, 136 p. ISBN 978-2-8290-0593-0

 

Texte: Isabelle Falconnier – Photos: Viviana Cangialosi © Compagnia Finzi Pasca