Le Corps des Cent-Suisses de la Fête des Vignerons clôturait en beauté son cycle des entraînements 2018 ce lundi à St-Légier.

«Fixe, repos. En avant, marche!» Les jambes se mettent en branle, les pieds frappent le sol, le regard suit une ligne imaginaire par terre, les bras oscillent fermement le long du corps. Au-dessus des jeans uniformément noirs, ils sont tous de rouge vêtus – casquettes, vestes, polos, le tout à l’effigie de l’Association des Cent-Suisses de la Fête. En tête, la traditionnelle bannière aux flammes rouges et les grandes épées de la Fête 1999, en attendant les nouvelles, forgées par Philippe Naegele à Chexbres. Ils sont 69 exactement, soit le Corps des Cent-Suisses de la Fête des Vignerons 2019 au complet, à marcher au pas et en rythme dans la Halle des fêtes de Praz-Dagoud à St-Légier ce lundi soir 3 décembre.

La pluie et le vent rivalisent d’intensité au-dehors mais eux restent imperturbables, concentrés sur les ordres précis de leur commandant Stéphane Krebs, paysagiste à Blonay dans le civil. C’est qu’il s’agit de montrer à Luc Massy, membre de Conseil de la Confrérie des Vignerons et chef de troupe, Jean-Luc Chollet, commandant de la troupe en 1999, qui les a recruté l’an dernier, Frédéric Hohl, Directeur Exécutif de la Fête, et Blaise Duboux, président de la commission des troupes spécialisées, venus assister à cette revue de clôture de leur cycle d’entrainements 2018, qu’ils sont fin prêts pour se mettre au service du chorégraphe du spectacle Bryn Walters.
Ils sont 69 exactement, chiffre traditionnel depuis l’apparition du corps légendaire dans le spectacle de la Fête en 1819. Ils auraient pu être davantage: plusieurs dizaines de candidats ont été refusés, attirés par le prestige de la troupe autant que par son légendaire esprit de camaraderie mâle mais bon enfant. «Il faut aussi mesurer 1m80 au minimum et avoir fait son école de recrue, précise Stéphane Krebs, ce qui élimine malgré tout quelques candidats… Heureusement que nous n’exigeons pas deux mètres, comme c’était le cas pour le Cent-Suisses historiques à la cour du Roi de France! » Depuis début septembre, ils ont enchaîné dix répétitions sous sa houlette. «Dès janvier, nous répéterons au son des fifres et tambours, pour s’habituer. Il nous faudra ralentir le rythme, passer de 120 à 90 pas minutes. Moins facile qu’on peut le croire !»
Marche en rangs de quatre, virages autour de la salle, croisés, pas samba, croix suisse avec la poignée, position «A moi» en arc de cercle: les figures s’enchainent, souples et précises. «Je suis ébahi, déclare Jean-Pierre Chollet en conclusion de la démonstration. Ce que vous avez fait en dix répétitions est remarquable. Vous avez réussi à créer un esprit de corps, ce qui est essentiel !»

La soirée se poursuit dans le vaste entrepôt de l’Atelier Volet, charpentier qui participera à la construction des arènes de la Fête, dont un des patrons a intégré la troupe. Ris de veau en entrée, grillades de veau et boeuf avec salade de pommes de terre en plat de résistance. Bouteilles de vin rouge et blanc à volonté sur les grandes tables. Aux fourneaux, Peter Gerber, directeur de la maison Epagny à Gruyères, Cent-Suisse désigné quartier-maître par ses camarades.
Ils sont 69 à trinquer et manger bien serrés sur leurs bancs de bois. Ils ont entre 19 et 63 ans, la quarantaine en moyenne. Ils habitent entre Lausanne, Bex et Yverdon. Près de la moitié ont été acteurs-figurants en 1999, dont une dizaine déjà dans le Corps des Cent-Suisses. Le tiers sont officiers ou sous-officiers dans l’armée suisse. Ils sont infirmiers, policiers, champion de iron man, vignerons, ouvriers de la construction, gérants immobiliers: la Fête des Vignerons, ils ne la manqueraient pour rien au monde. Marcher au pas, ils savent faire, mieux que chanter, ou danser. Parmi eux ce lundi, Andres Pardey, commandant des Fifres et Tambours de Bâle, qui les accompagneront en musique. C’est une tradition : les musiciens des Fifres et Tambours logeront chez l’habitant à Epesses durant la Fête. «Mes musiciens se réjouissent, c’est sûr!» Il est tard. Demain, on se lève tôt. On s’embrasse. On remet les casquettes, pour la pluie. Rendez-vous en 2019.

Texte: Isabelle Falconnier – Photos: Pierre-Dominique Chardonnens | metaphores.ch © Fête des Vignerons