Le Valdo-Fribourgeois a été choisi avec deux de ses pairs pour écrire la musique de la Fête. Depuis l’enfance, il entend les notes dans sa tête avant de les écrire

Trente-trois ans, un âge lourd de symbole pour un catholique, sauf que notre homme a coutume de se baigner avec les muses. La musique l’habite. Valentin Villard joue, chante, dirige et compose. Il est le plus jeune des auteurs de la Fête, donc du trio de professionnels élus pour créer les musiques. Ça ne l’impressionne guère. On le sent à l’aise et on le perçoit à la hauteur d’une tâche qui a déjà changé sa vie. Adieu le compositeur de ce coin tranquille en Gruyère où le Vaudois, au retour d’Amsterdam, a posé́ ses pénates! Place aux projecteurs qui restent braqués sur ceux qui ont habillé l’événement traditionnel et hors du commun de notes et d’airs à la fois nouveaux et forcément repris.
Valentin Villard cite Benjamin Britten et un autre éminent Anglais, Herbert Howells, pour leur manière d’innover en respectant la tradition. Deux mamelles de la création qu’il suce avec délectation et sans modération. Celui qui passe 90% de son temps à écrire les airs qu’il entend dans sa tête a été formé aux techniques d’écriture les plus contemporaines, mais refuse d’oublier dramaturgie, hymnes ou répétitions. Il aime les fresques «aux images musicales qui se dessinent sans une mélodie bien précise. Elle naît d’une même couleur avec l’énergie de tous les musiciens.» Contrepoints d’atmosphère ou cette écriture aléatoire contrôlée chère à Witold Lutoslawski ou à Yannis Xenakis…
«Je prends le matériau traditionnel et j’essaie d’y joindre des matières de langage d’écriture dans l’héritage de la musique contemporaine occidentale. C’est de l’artisanat. Pour une fête populaire, nous sommes appelés à trouver des moyens d’expression compréhensibles par tout le monde, à la manière des musiciens de films: ça doit coller tout de suite.»
Inutile de le questionner davantage, il ne révélera rien de la manière avec laquelle sera servi le «Ranz des vaches» en 2019. Et ce n’est pas lui qui s’en occupe. Même si l’appel des sommets frissonnants de brume un petit matin froid et humide de juillet il l’a éprouvé, enfant, en servant là-haut l’armailli de Balachaux, un alpage sur les hauts de Charmey. Oui, sa mère est Gruérienne et le père d’une de ses amies alpait avec son troupeau. L’infirmière pionnière en médecines douces a épousé un libraire vaudois, forcément érudit. Valentin a couru dans les champs de Denges avant d’avoir ses premiers boutons d’adolescent du côté d’Échandens.
Comment se détend ce toujours célibataire? «Je marche, je nage (Ndlr: quatre nages, car il a fréquenté le Morges Natation pendant dix ans), j’aime les bains thermaux et la vie sociale. Je fais pas mal de choses en famille avec mes cousins, qui sont un peu les frères que je n’ai pas eus.» Le fils unique a commencé par écrire des histoires sur la machine à écrire de son père, à 5 ou 6ans. Il y avait déjà chez lui la volonté de fabriquer quel- que chose. «Puis le langage musical est devenu une telle évidence que toutes les histoires devaient passer par là.» Première œuvre à 8 ans… L’École Steiner lui ouvre ensuite des horizons nouveaux car, à partir de la 4e, les classes comportent un orchestre «pour lequel on peut écrire». Valentin Villard ne s’en est pas privé. Il a signé aujourd’hui plus de 80 œuvres pour tout: électro-acoustique, piano, orchestre, chorale, orgue et même accordéon solo.
S’il a choisi la Gruyère pour se poser – il aurait pu se rendre en Angle- terre, où la pratique du chant et de l’orgue atteint des sommets –, c’est aussi par ce que Fribourg reste un talentueux pays de chanteurs amateurs. Valentin Villard est chef de chœur à Massonnens et officie comme organiste à l’église de La Roche, que l’on connaît davantage pour ses fresques de Severini que pour son excellent orgue du XIXe siècle. Et il chante avec l’ensemble des Vocalistes Romands.
Garder la tête froide en société et préserver ses émotions pour la musique. Valentin Villard avoue un caractère conciliant, «sauf si l’on me pousse à bout, mais là il faut y aller!» Lors des discussions animées que les concepteurs de la Fête ne manquent pas d’avoir, il intervient peu, préférant laisser les choses se faire. Il se dit ouvert à des propositions inattendues. Le musicien parsème la conversation d’éclats de rire tonitruants. Un rire plein à l’image de sa généreuse corpulence de bel épicurien. Et ses yeux pers évoquent ceux de la déesse Athéna, patronne des artisans et des artistes. Michel Rime

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Pour une fête populaire, nous sommes appelés à trouver des moyens d’expressions compréhensibles par tout les monde, à la manière des musiciens de films: ça doit coller tout de suite. JEAN-PAUL GUINARD

Supplément du 2-3 juin 2018


Vidéo Fête des Vignerons 2019