L’histoire de la Fête des Vignerons

Vers 1770, la Confrérie des Vignerons de Vevey se donne pour objectif d’encourager le perfectionnement de la viticulture et de récompenser la bienfacture des travaux confiés aux vignerons-tâcherons plutôt que de mettre l’accent sur les éventuelles lacunes de culture. Lorsque les finances et les circonstances économiques et politiques le permettent, les meilleurs ouvriers sont dès lors primés et couronnés.

En 1797, l’Abbé-Président et le Conseil de la Confrérie des Vignerons décident de récompenser les meilleurs vignerons tâcherons lors d’une cérémonie officielle et publique. Ce Couronnement des meilleurs ouvriers transforme l’ancienne parade en Fête des Vignerons. Une première estrade de 2’000 places est érigée sur la place du Marché de Vevey afin que les nombreux curieux puissent assister à l’événement.

Face au succès de cette première cérémonie du Couronnement, un véritable spectacle naît du souci de mieux mettre en valeur ce nouvel événement. Nouvelle structure, nouveaux ornements, une division en quatre saisons et l’inclusion de nouvelles figures comme la divinité Palès, achèvent la transformation de la parade en véritable spectacle.

Les années troublées qui suivent la Révolution vaudoise empêchent la mise sur pied d’une nouvelle Fête. Vingt-deux ans plus tard, en 1819, le moment est enfin venu de faire découvrir la Fête des Vignerons aux jeunes générations. Cette année-là, les Anciens Suisses, symboles de la nouvelle conscience patriotique vaudoise et le chant du Ranz des vaches, l’hymne ancestral qui consacrait ici les liens économiques et sociaux étroits entre vignerons du bord du lac et paysans de la Veveyse fribourgeoise, complètent les thèmes aujourd’hui encore présents. Avec l’amélioration des moyens de transports – les bateaux à vapeur dès 1833, le chemin de fer dès 1865 – les spectateurs viennent de plus en plus nombreux à Vevey.

La Fête des Vignerons ne cessa de prendre de l’ampleur, tant du point de vue de l’importance de la manifestation que de celui de sa qualité artistique. Au patchwork musical et poétique des premières Fêtes du XIXe siècle, où l’on se contentait de commander un arrangement de paroles de circonstances sur des airs populaires connus, succédèrent des Fêtes pour lesquelles des artistes reconnus créèrent des oeuvres originales et cohérentes. En 1851, François Grast composa la première partition complète qui donna une certaine unité aux textes encore disparates écrits par différents poètes amateurs. Il composa également la partition de la Fête de 1865. En 1889, la composition de la partition fut confiée à Hugo de Senger. Déjà, la Fête tentait d’harmoniser culture populaire et élitaire. Elle s’inspirait tout à la fois des «Festspiel», de l’opéra et des fêtes alpestres.

En 1905, une oeuvre cohérente fut pour la première fois réalisée grâce à la collaboration étroite des frères René et Jean Morax – respectivement auteur du livret et peintre – avec le compositeur Gustave Doret. Ils firent naître un véritable hymne à la terre dont le succès populaire marqua des générations de chanteurs. Après un succès aussi retentissant, la peur de décevoir et d’innover durant une période difficile incita la Confrérie à faire appel une nouvelle fois à Gustave Doret en 1927. Le livret fut confié à Pierre Girard. La Deuxième Guerre mondiale retarda la célébration d’une nouvelle Fête. Le monde avait changé. En 1955, dans une société qui découvrait avec enthousiasme de nouvelles distractions, la Confrérie des Vignerons craignit que sa traditionnelle Fête ne sache plus répondre aux attentes de son public. Carlo Hemmerling et Géo-H. Blanc contribuèrent à sortir la Fête de ses frontières régionales. Une impressionnante palette d’artistes internationaux vinrent ainsi compléter l’enthousiasme des figurants locaux, et un petit air de Broadway souffla sur la place du Marché de Vevey.

En 1977, Jean Balissat composa une musique qui soutenait admirablement le souhait du librettiste Henri Debluë. Cet auteur vaudois rêvait, après les fastes de l’édition 1955, de ramener la Fête à sa terre d’origine et de recréer un lien avec la tradition chrétienne – telle la symbolique christique de la vigne et du vin – qui, jusqu’alors, n’apparaissait que timidement au milieu d’un panthéon de dieux antiques et païens. La Fête de 1999 fut pensée et mise en scène par François Rochaix. Les vignerons furent véritablement placés au centre de la dramaturgie. Une célébration unique, le Couronnement, leur fut entièrement consacrée, avant qu’Arlevin, le facétieux vigneron couronné de fiction, ne les représente tous durant les quatorze représentations.

Place du Marché de Vevey, 1820; Musée historique de Vevey

Groupe de marmousets: vigneron, brancard et glaneuse; XVII siècle

René et Jean Morax en compagnie de Gustave Doret, auteurs de la Fête des Vignerons de 1905

Parade, 1791

Le pressoir, Fête des Vignerons 1977