La Confrérie des Vignerons

L’origine de la Confrérie des Vignerons de Vevey est encore aujourd’hui mystérieuse. Le document le plus ancien qui s’y réfère est le Premier Manual de la société, son livre des procès-verbaux. Il fut offert à la Confrérie des Vignerons par le «Sage, Vertueux et Prudent Chrétien Montet, Seigneur Abbé de la Vénérable Abbaye de l’Agriculture de Vevey, dite St. Urbain» le vingt-deuxième jour du mois de juin 1647.

La dédicace et les premières pages de ce document indiquent que la Confrérie (alors nommée Abbaye de l’Agriculture) fonctionne depuis longtemps déjà régulièrement. D’après ses activités, sa devise bénédictine «Ora et Labora» («prie et travaille») et son protecteur – Saint Urbain – tout porte à penser que la Confrérie des Vignerons existait déjà au Moyen Âge. En 1647, l’Abbaye de l’Agriculture n’est qu’une toute petite société. Elle se développe au cours du 17e siècle et près du quart de la population masculine veveysane en fait partie en 1776.

L’Abbaye de l’Agriculture était – et reste – une société d’utilité publique. Elle ne regroupa jamais des vignerons – comme son nom actuel pourrait le laisser croire – mais des propriétaires de vignes qui confiaient le travail de leurs parchets à des vignerons-tâcherons. La Confrérie des Vignerons n’est donc pas une corporation. Elle ne défendait pas les intérêts d’une profession ou d’un corps de métier, mais ceux des propriétaires terriens, aux premiers rangs desquels il fallait compter la communauté urbaine – soit la bourgeoisie – et les autorités – Leurs Excellences de Berne et les baillis – pour lesquels elle effectuait ses visites annuelles dans le vignoble de Vevey.

Au 17e siècle, la Confrérie des Vignerons organise annuellement une parade à travers la ville. Elle faisait suite à une assemblée générale où le travail des vignerons-tâcherons était commenté (et critiqué) et précédait le traditionnel banquet de la Société.

Vers 1770, la Confrérie des Vignerons se donna pour objectif d’encourager le perfectionnement de la viticulture et de récompenser la bien facture des travaux confiés aux vignerons-tâcherons plutôt que de mettre l’accent sur les éventuelles lacunes de culture. Les meilleurs se virent dès lors primés et couronnés. C’est cette cérémonie du Couronnement des meilleurs ouvriers qui transforma l’ancienne parade en Fête des Vignerons. En 1797, alors que les fêtes champêtres et tout ce qui avait trait à la nature étaient en vogue dans la bonne société, on érigea à Vevey une première estrade sur la place du Marché afin que les nombreux curieux puissent assister à ce couronnement. La Fête des Vignerons était née.

Aujourd’hui, la Confrérie des Vignerons de Vevey n’est connue du grand public qu’en tant qu’organisatrice de la Fête des Vignerons. Si la mise sur pied de cette imposante célébration représente une part considérable de son activité, il n’en demeure pas moins que le but principal de cette société est d’encourager et de promouvoir la perfection de la culture de la vigne. Dans ce dessein, elle organise trois visites annuelles dans les vignes pour des propriétaires qui lui confient cette tâche. Ces vignes se trouvent dans une aire comprise entre Pully, à l’Est de Lausanne, et Lavey, aux portes du canton du Valais. Au cours de ces visites, le travail des vignerons-tâcherons est noté et, tous les trois ans, le classement obtenu à partir de ces notes donne lieu à une cérémonie au cours de laquelle des récompenses sont distribuées aux vignerons placés sous le contrôle de la Confrérie. Cette cérémonie est appelée «Triennale». Une fois par génération environ, cette cérémonie prend une ampleur exceptionnelle pour donner la Fête des Vignerons.

La Confrérie des Vignerons compte actuellement quelque 1700 membres. Ils ne sont plus forcément propriétaires terriens mais, selon les statuts, leur attachement au pays et l’intérêt qu’ils manifestent à la culture de la vigne sont pris en considération lors de leur demande d’admission. Pour être agrégé à la Confrérie, il faut en faire la demande par écrit à l’Abbé-Président, jouir d’une réputation de moralité, être citoyen suisse, avoir seize ans révolus, et payer la finance d’agrégation fixée par le Conseil. Depuis 2008, la Confrérie s’est ouverte aux femmes. Les membres de la Confrérie se rencontrent tous les deux ans en assemblée générale, lors de leur Biennale. L’Assemblée des Confrères élit les 24 membres du Conseil avec à sa tête un «Abbé-Président». La Confrérie des Vignerons est une émanation de la bourgeoisie veveysane. Ses Abbés (présidents du Conseil de la Confrérie) étaient – et sont encore – le plus souvent membres des Conseils de la ville, avocats, notaires ou juges.

Première page intérieure du premier «Manual» de la Confrérie des Vignerons de Vevey

Drapeau de la Parade de 1791 représentant Bacchus enfant assis sur un tonnelet

L’Abbé et ses Conseillers, Parade de 1791

La coupe des Abbés, 1618, avec les médailles des Abbés qui se sont succédés à la tête de la Confrérie des Vignerons

Les experts visitent la vigne en septembre, extrait du Traité sur la Culture de la Vigne de Louis Thonney, 1822